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Voyage au bout du soleil

Ariane den Blanken





Printemps


Le printemps, c’est l’émerveillement. On enlève ses chaussures, la terre est encore froide, humide, fertile. Le regard s’accroche à une hirondelle, que l’on suit, impatient, dans sa promesse de beaux jours. On ose quitter son manteau, puis, dans un frisson, on le remet quand même, ayant un instant plissé les yeux au soleil, s’imaginant une seconde avoir presque chaud. Au printemps, on s’étonne du vert, inespéré, timide, encore en pointillés sur les branches, de la lumière oblique dans les bois. On recroit en Dieu, aussi. On lit l’histoire de Pâques, la résurrection, le ”ce-que l’on-croyait-mort-et-qui-ne-l’était-pas-vraiment”. Ce que l’on croyait mort en nous ne l’était pas non plus. Le printemps, c’est la félicité du convalescent.


Été


L’été est immobile, lourd de chaleur, silencieux dans la fatigue de l’après-midi. L’herbe est brûlée, nos épaules aussi. On soupire, on cherche la fraîcheur d’un arbre, d’un ruisseau, d’une piscine. On frémit au contact de l’eau froide, on s’adonne à la lenteur, au plus tard. Les bruits de grandes tablées s’éteignent au moment de la sieste. Puis un enfant plonge à l’eau et la vie s’éveille encore un peu. On lève les yeux vers le ciel, on se trouve chanceux de voir les étoiles, on oublie qu’elles ont toujours été là. On se sent fort et riche, fort et riche des gens qui nous entourent, des lieux qui nous accueillent. On sait que c’est une saison entre parenthèses qui nous entraîne loin de chez nous, loin de nous-mêmes. On a toujours un peu de mal à la fermer, la parenthèse, mais une fois fermée, on est soulagé et mélancolique à la fois. L’été a un goût de foin, de sel, d’abricot. Il est accablant, euphorique. Mort et vivant.


Automne


L’automne allume un feu de joie avec les restes de l’été. On regarde la vie danser en mille teintes d’or fumé. Un bain de splendeur avant la grande plongée dans l’obscurité. En automne, on ouvre des livres et des cahiers et des projets et des idées. On s’arme de poésie pour les mois à venir, on chante les mantras du lâcher prise, tout en s’agrippant des deux mains à la poésie du ciel, à celle des larmes, aux derniers cieux acier. L’automne, c’est l’été sans la lourdeur, l’hiver sans l’obscurité. Une émeraude au doigt, une châtaigne dans la main, le geste de rendre à la terre ce qui doit y reposer.


Hiver


L’hiver est une grotte. En apparence un bloc de pierre nue, à l’entrée rude. On s’y écorche les pieds, on n’y voit rien, et puis on éveille sa conscience et sa confiance, et on avance vers un feu, des murs peints, des chants ancestraux, des silences millénaires. On croit qu’on meurt avec les arbres, mais rien n’est plus vivant, plus proche de son essence que la terre en hiver. On ferme les yeux au monde, on les ouvre à soi. On touche le fond des rêves, on oscille entre la veille et le sommeil. Une saison de vérité. Et puis, quand on a fait comme ça plusieurs fois dans sa vie le tour du soleil, on sait aussi que le printemps arrivera toujours, et que l’on s’émerveillera.


Ariane den Blanken

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